Paroles de fondateurs

« Un enfant qui a besoin de trois ans, on lui donne ces trois ans. »

Marie-Anne S.

Maman cofondatrice de l’École des Sorgues · professeure de classe

Musicienne intervenante et maman, elle a fait partie du petit groupe de parents qui a fondé l’École des Sorgues : un jardin d’enfants installé d’abord dans la chambre d’une maison, puis dans une roulotte, avant les bâtiments en ossature bois construits pendant les week-ends. Devenue ensuite professeure de classe, elle a accompagné deux cycles d’élèves de 7 à 14 ans. Dans cette interview vidéo réalisée par l’ANPAPS, elle raconte la naissance de l’école… et ce que cette pédagogie lui a appris sur le regard porté sur l’enfant.

Regarder l'interview

Interview réalisée par l’ANPAPS, propriétaire de la vidéo. Transcription légèrement adaptée pour la lecture.

Son parcours en bref

Au départ

Musicienne intervenante

Auprès de classes d’enfants, et maman

Les débuts

Cofondatrice

Des ateliers du mercredi au premier jardin d’enfants

Ensuite

Formation Waldorf

D’abord pour « devenir une meilleure maman »

Aujourd'hui

Professeure de classe

Deux cycles complets, de 7 à 14 ans

Pourquoi avez-vous choisi de participer à la création de l'École des Sorgues ?

L’école ne me posait pas de problème avant mon premier enfant, même si je n’y avais pas été spécialement heureuse. Mais quand mon enfant rentrait de l’école et me racontait ce qu’il faisait, j’entendais surtout tout ce qu’il ne faisait pas : l’artistique, la nature, le lien à l’art.

Je suis bien dans ma vie parce que j’ai eu ces racines-là. J’ai pu grimper aux arbres, escalader des rochers, peindre, dessiner, aller dans les musées… Mon père était professeur d’histoire de l’art, et peintre avant tout : l’art était une épice de la vie, et il m’était impossible qu’il n’en fasse plus partie.

Quand ma deuxième fille avait deux ou trois ans, je me suis retrouvée avec des parents qui cherchaient comment créer une école répondant mieux à leurs attentes, mais surtout aux besoins des enfants. Nous ne connaissions pas du tout la pédagogie Steiner. Quand nous avons rencontré une association qui voulait la faire connaître, nous ne nous sommes pas laissé faire tout de suite ! Nous avions beaucoup de questions : pourquoi pas de noir en maternelle ? Pourquoi la peinture toujours liquide ?

Ce temps pris, très respectueux, nous a permis de nous approcher. Nous avons commencé par des ateliers du mercredi : deux papas s’occupaient des enfants pendant que nous potassions les textes, fabriquions des poupées, travaillions sur les jouets… Et un jour, nous avons été prêts à dire : pourquoi pas un jardin d’enfants Steiner ? On y va. Il sera toujours temps de revenir en arrière si ce n’est pas ça.

Comment avez-vous trouvé les lieux qui accueillent l'école ?

Ce n’est pas si facile de créer une école. Au départ, il y avait une dizaine d’enfants : nous avons commencé dans la chambre d’une maison, puis l’année suivante dans une roulotte, dans un jardin. Petit à petit, il a fallu un local plus conséquent.

Nous avons eu la chance d’avoir, parmi les parents, deux ou trois papas habiles avec le bois : l’un faisait des décors de théâtre, un autre était menuisier, un autre ébéniste. Ils nous ont dit qu’il leur semblait possible de construire un bâtiment en ossature bois. Et l’un des parents venait d’hériter de terrains agricoles séparés par des cyprès : il a accepté de nous en louer un premier. Toute l’école a été construite ainsi, au fil des opportunités que nous avons su saisir.

Il fallait aussi suffisamment de folie pour que ce soit possible ! Si l’on pense trop les choses avant de les faire, elles ne se font pas : il manque toujours quelque chose. Notre enthousiasme, notre fougue, et le fait que nos enfants étaient là nous ont permis d’y aller vraiment, en sachant que ce ne serait pas parfait. Ce n’était pas notre but.

Une aventure collective

Dix enfants au départ, cela faisait déjà une vingtaine de parents, et le groupe a vite grandi. Tout le monde ne s’engage pas de la même façon, mais nous avons eu la chance de former une vraie fraternité de parents. Le premier bâtiment, le jardin d’enfants, nous a pris tous nos week-ends pendant un an. Nous avons eu le temps de nous connaître, de nous rendre compte que la nature humaine est complexe, qu’il ne suffit pas de vouloir… Il y avait ceux qui disaient « allez, on arrête de discuter, on y va », ceux qui prenaient le temps de penser les choses, et ceux qui suivaient avec beaucoup de confiance. C’est ce qui a permis à l’école d’exister.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur cette tranche de votre vie ?

Être à l’origine d’une création est une grande chance, surtout quand on est un peu en marge, avec quelque chose de peu connu qu’il faut expliquer. Cela a eu le temps de mûrir et de grandir en nous. Les parents qui arrivent dans une école déjà toute faite peuvent avoir plus de mal : ils ne se rendent pas toujours compte qu’il y a à mettre la main à la pâte, ou bien c’est beaucoup d’un coup, face à des habitudes qu’ils n’ont pas encore requestionnées.

“

J'ai eu la chance d'avoir toutes les marches sous mes pas.

Pendant longtemps, nous n’avons pas eu de contrat avec l’État. L’école était donc payante, ce qui limitait les familles qui pouvaient nous rejoindre. Mais nous avions tellement pris conscience du cadeau que c’était pour nos enfants que nous étions prêts à faire cette concession, la plus difficile, car pour moi l’école devrait être gratuite, quelle que soit la pédagogie.

Si je devais résumer cette aventure en trois mots : respect, temps et créativité.

Qu'est-ce qui vous a conduite à devenir professeure Waldorf ?

Cette création d’école m’a tout de suite montré que je ne regardais pas mes enfants de la bonne façon. J’en ai pris conscience lors du premier entretien pour l’entrée de ma fille au jardin d’enfants. Elle jouait dans le bac à sable, je racontais comment elle était née… La jardinière m’a posé une ou deux questions, et j’ai eu l’impression qu’elle connaissait ma fille mieux que moi, alors qu’elle l’avait à peine observée. Cela m’a bouleversée.

J’étais pourtant musicienne intervenante, je travaillais tout le temps avec des classes d’enfants, mais dans quelque chose de plus éphémère. Voir ensuite mon enfant grandir, recevoir le regard qui était posé sur elle, m’a donné envie de me former à ce regard. Pas pour devenir professeure, au début : simplement pour devenir une meilleure maman.

La formation vous a-t-elle éclairée sur quelque chose en particulier ?

J’ai tout de suite eu l’impression d’être dans ma famille, comme si c’était ce qui m’avait faite et ce pour quoi je voulais œuvrer. Ce que j’ai compris, c’est que la nature humaine, dans toute sa complexité, a besoin qu’on apprenne à regarder : un regard plus ouvert, qui aille au plus profond, dans le respect de faire éclore la personne telle qu’elle est, et non comme on voudrait qu’elle soit, ou comme la société le voudrait. Ce geste de profondeur dans le regard est une clé de vie pour l’humanité, pas seulement pour mes enfants.

Comment vos enfants ont-ils évolué ?

Mon aîné a continué dans le circuit classique. C’était aussi une chance de garder ce pied dans l’école publique : je ne me suis jamais battue contre l’Éducation nationale, car j’y voyais aussi des perles, des gens formidables. Ce n’était pas la bonne école contre la mauvaise école.

Deux de mes enfants ont suivi tout ce que l’école proposait alors, du jardin d’enfants à la 11e classe. C’était un cadeau, d’autant qu’ils sont très différents. Ma fille a appris à lire à la fin de la 3e classe : elle avait besoin de temps, de lenteur, de respect. Parce qu’on lui a donné cela, c’est aujourd’hui une grande lectrice. Mon fils, lui, a su lire au bout d’un trimestre, alors qu’il n’avait pas encore appris toutes les lettres.

Ce n’est pas la pédagogie qui fait tout : l’enfant apporte qui il est, et tout dépend de la façon dont on le laisse être. Un enfant qui a besoin de trois ans, on lui donne ces trois ans. Un enfant qui a besoin d’un trimestre a ce trimestre, et cela se déploiera autrement ensuite. On laisse à chacun le temps dont il a besoin : c’est vraiment, pour moi, un atout de cette pédagogie.

Après deux cycles comme professeure de classe, quel est votre bilan ?

Je pense avoir autant, sinon plus, appris de mes élèves qu’ils n’ont reçu de moi. J’étais seule face à 25 ou 30 enfants : c’est une merveilleuse façon d’apprendre à se connaître et de repousser ses limites. Dans une classe, on a plein de petits miroirs, qui permettent de regarder à la fois qui ils sont et qui l’on est. Et cela ne tient pas seulement à la posture d’un professeur devant ses élèves, mais à celle d’un être humain face à un autre être humain.

Le métier de professeur induit peut-être un peu plus cette remise en question, parce qu’on a ce travail de rétrospective : être vigilant, précautionneux, par rapport à ce qu’on a dit, fait, montré aux élèves, qui sont encore en devenir. Et l’on sait aussi qu’il y a dans la classe des êtres bien plus grands que nous, même à 8 ans.

De quoi les enfants ont-ils besoin ?

Ils ont besoin d’amour, d’attention, de protection. Ils ont besoin de pouvoir être qui ils sont, d’être aimés tels qu’ils sont, sans qu’on projette quoi que ce soit sur eux. C’est très difficile : accepter que j’ai juste le droit d’être qui je suis, avec toute ma puissance et toute ma vulnérabilité. Et ma vulnérabilité peut devenir ma puissance, si on sait l’écouter et lui donner sa place.

L’enfant, lui, ne sait pas forcément ce qu’il est. Il est attiré par des millions de choses, dans les sons, les couleurs, les propositions. Si on le laisse vouloir tout ce qu’il veut, il peut se perdre. La tâche du parent, du pédagogue, de l’adulte, c’est de regarder qui il est au fond, au-delà de l’envie de ressembler à l’autre. C’est ce que je veux dire quand je dis qu’on apprend à regarder l’enfant : on regarde son besoin, qui n’est pas son désir.

Quelle est votre approche du cadre et des limites ?

Ce sont des cadres de liberté : des limites qui permettent d’aller dans la direction où l’on doit aller, et non des limites qui étriquent. Prenons une œuvre d’art : on travaille sur un format, et ce format n’empêche pas la liberté. Même petit, il permet de déployer quelque chose qui va en profondeur. En géométrie, on peut dessiner une forme dans une forme dans une forme… à l’infini, et pourtant on est sur une feuille. Si l’on donne une feuille illimitée, on va papillonner, effleurer les choses, croire qu’on est libre… mais on va se perdre.

Un souvenir de classe qui vous a marquée ?

Une petite fille avait du mal à lire : même à 9 ans, ce n’était pas une évidence, c’était laborieux, parfois douloureux. Toute la classe le savait. Un jour, pendant une lecture, on l’entend tout d’un coup lire, comme si elle avait toujours su. Le déclic était là. Il y a eu sa joie de s’entendre lire, mais aussi celle de toute la classe : c’était comme si chaque enfant se disait « elle ne savait pas lire, et maintenant elle sait ; alors moi aussi, je pourrais savoir ». Une libération pour tout le monde, et un droit d’être.

Assister à l’éclosion des enfants plus lents, plus laborieux, ce sont de vrais cadeaux. Je l’avais vécu avec ma fille, mais quand ce n’est pas son propre enfant, le doute peut venir, avec la pression des parents… On laisse faire parce qu’on a profondément confiance. Et ces cadeaux-là, c’est pour la vie.

Et si c'était au tour de votre enfant ?

De la maternelle au lycée, une école où il fait bon grandir. Venez nous rencontrer et découvrir la pédagogie Steiner-Waldorf.

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JOURNÉE PORTES OUVERTES

Venez découvrir notre école lors de la prochaine Journée Portes Ouvertes 

📅 Mercredi 23 septembre 2026 de 14h à 17h

📍 École des Sorgues – 300 chemin de la traille 84700 Sorgues

Au programme :

✅ Visite de l’école

✅ Rencontres avec les professeurs

✅ Conférence

✅ Exposition pédagogique

Notre pédagogie allie créativité, respect du rythme de l’enfant et apprentissage par l’art et le mouvement.

Venez nombreux !

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